Je veux vous parler de l'opération de blanchiment des primes de sponsoring de la coupe du monde 2010. Cet argent devenu « sale » par l’attitude de l’équipe de France lors de la coupe du monde de Football 2010 à Johannesburg en Afrique du Sud est l’objet d’une lutte pour l’appropriation des retombées de sa transformation annoncée en don.
Je suis chercheur en Sciences de Gestion, spécialisée dans l’étude du mécénat et des pratiques de fundraising. Je travaille sur une thèse de doctorat sur les stratégies de fundraising (la recherche de financement privés par les associations, les partis politiques, les collectivités locales etc.). Normalement, je m’exprime peu sur une actualité pourtant riche de nombreux cas intéressants : affaire Bettencourt/Banier, Woerth/de Maistre bien sûr, mais aussi enlèvement des 7 salariés de Vinci et Areva au Niger mi septembre, etc. Ce matin cependant, une interview du président de la FFF sur France Inter a retenu mon attention. J’ai effectué quelques recherches mais je n’ai pas trouvé d’articles de fond sur le sujet. Un petit éclaircissement sur les enjeux de ces tractations me semble le bienvenu. Voici mon analyse de cette histoire de gros sous.
Le point de vue des joueurs : « Contractuellement, nous devons toucher ces primes. […] On veut savoir ce que va devenir cet argent. Nous sommes conscients du fiasco de cet été et de nos responsabilités. En équipe de France, il y a des joueurs intelligents et généreux. Nous voulons donc faire quelque chose de bien avec cet argent. […] L'idée, c'est d'aider des gens qui en ont besoin, via des associations caritatives. En clair, on veut cet argent pour pouvoir l'utiliser comme nous pensons qu'il doit l'être. On est conscients de nos responsabilités et du besoin de reconquérir le public.» Interview de Alou Diarra, capitaine de l’équipe de France, rapporté par Julien DUBY dans « Diarra : "On veut faire quelque chose de bien avec les primes" » de sud ouest.fr le 09/11/2010. Ici le don est effectué par les joueurs qui se rachètent une moralité.
Le point de vue de la FFF : « la Fédération est toujours dans la lignée de la décision du Conseil fédéral du 2 juillet : ne verser aucune prime aux joueurs de la Coupe du monde. Aucune prime n'a été versée, ni réclamée par les joueurs ». « Pour pouvoir disposer de cette somme, il faut une renonciation écrite individuelle des joueurs, il faut que volontairement ils abandonnent le droit à l'image. » (interview de Fernand Duchaussoy président intérimaire de la Fédération française de football, rapporté par Julien DUBY dans « Diarra : "
On veut faire quelque chose de bien avec les primes" » de sud ouest.fr le 09/11/2010). « Si les joueur cèdent une partie ou la totalité de leur [3 à 4 Millions d’euros de] prime ce qui parait tout à fait légitime par rapport aux dégâts, compte tenu des dégâts terribles, en particulier sur le foot amateur, il n’y pas un centime qui rentrera dans les finances de la fédé. [..] Cette argent, à la limite, on le gérera de façon conjointe avec une délégation de joueur ou avec ceux qui le veulent bien. Mais il ira au foot amateur. Moi je veux que ça aille au foot amateur, que ça aille aux clubs, pourquoi pas aux clubs formateurs. On peut imaginer qu’un joueur laisse sa prime pour son club où il a commencé tout gamin pour acheter un minibus s’ils en ont besoin pour déplacer les gosses. Ce sont des choses qui sont toutes simples » (Interview de Fernand Duchaussoy président intérimaire de la Fédération française de football (FFF) recueilli par Sébasten Pulvar dans le 6/7 de Audrey Pulvar sur France inter du 16 novembre 2010 à 6h 40, 40’:25’’)
Analyse :
Ce n’est pas si simple que ça ! Cet argent que garde la FFF, (en retardant tout accord selon les joueurs), ne lui appartient pas. Il appartient aux joueurs qui l’ont gagné en vendant leur droit à l’image. En poussant les joueurs à renoncer à leurs primes, la FFF s’approprie ces millions d'euros qu’elle propose de gérer, « à la limite », conjointement avec certains joueurs … s’ils le souhaitent. La Fédé proposerait donc de compenser elle-même les dégâts provoqués par les joueurs ? S’agit d’une opération de communication dont elle entend tirer profit ? Comme l'a commenté Audrey Pulvar, à l’issue de l’interview : « 3 à 4 millions d’euro, c’est le casse du siècle ! » (
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/six-sept/ )
Mais peut-être aussi que cette opération cache d’autres enjeux. Peut-être que cette opération de communication n’est pas tournée que vers le public, les amateurs et leurs clubs! Il ne faudrait pas oublier les sponsors qui n’ont pas eu les retours attendus suite à leur investissement en communication ! La FFF est garante de ces retours, c’est pour elle le meilleur levier de fidélisation et ses finances dépendent de ses sponsors. Les joueurs se sont ridiculisés en Afrique du Sud, c’est un fait. Visiblement leur rachat a peu d’importance. Tant pis s’ils gardent à vie cette tache sur leur parcours (d’ailleurs est ce rachetable, même via des dons aux œuvres ?). La FFF veut récupérer cet argent aux joueurs pour légitimer sa capacité à gérer l’image des sponsors. De leur point de vue, ça c’est utile ! La façon dont tout cela est orchestré, par contre, me laisse perplexe, mais là, je vous laisse juge.